En réponse à une liste très très très masculine publiée par l’essayiste Frédéric Martel, voici une liste de 10 femmes à lire et écouter pour comprendre comment Internet nous change.

En décembre, Frédéric Martel (qui présente l’émission « Soft Power » sur France Culture) a fait paraître une liste de «  penseurs du numérique  ». Sur 34 noms cités, seulement deux femmes, et à la va-vite.

Nul besoin de lire des femmes pour comprendre le Net ? Si, bien sûr. Voici donc une liste de 10 noms de femmes à lire, suivre, écouter pour comprendre le Net. Elle n’est pas exhaustive. N’hésitez pas à l’enrichir dans les commentaires !

Les ados et les réseaux : danah boyd

 

danah boyd se définit comme « une activiste et une universitaire ». Elle applique une méthode ethnographique à l’étude des pratiques des ados en ligne. Ses analyses du Net, à la fois empathiques et critiques, sont internationalement reconnues.

En écoutant ce que les ados avaient à dire de leur pratique, danah boyd a montré combien leur socialisation en ligne doit se comprendre en lien avec leur éviction progressive de l’espace public.

Ses derniers travaux portent sur les implications sociales du big Data et lesbiais des algorithmes.

Ecrans et identités : Sherry Turkle

 

Anthropologue des médias et psychologue clinique de formation, Sherry Turkle est l’une des deux femmes citées par Martel. Elle étudie depuis les années 1980 ce que change en nous notre rapport aux ordinateurs.

A lire pour comprendre comment nos interactions avec nos ordinateurs, puis Internet et les technologies mobiles, influent sur nos identités et nos façons de nous penser.

(Par souci de transparence je précise que j’ai traduit son avant-dernier livre, « Alone Together », en français.)

Cultures hackers : Gabriella Coleman

 

Gabriella, dite Biella Coleman, anthropologue de formation, est l’une des plus grandes spécialistes de la culture hacker et du groupe Anonymous.

Elle a écrit sur les valeurs qui fondent la culture hacker, les dynamiques complexes du groupe Anonymous, la politique de l’anonymat et l’activisme en ligne.

Son premier livre sur la culture hacker (« Coding Freedom ») est disponiblesur son site en Creative Commons (en anglais).

Big Data et société : Kate Crawford

 

Kate Crawford, chercheuse au Microsoft Research Center et prof au MIT, réfléchit aux usages des réseaux sociaux et aux implications d’un monde de données.

A lire pour réfléchir aux implications sociales et politiques du Big Data et des outils de mesure qui se répandent. (Par exemple, comme nous le rapportions ici, à ce qui arrive quand un bracelet de fitness connecté est utilisé comme preuve à charge dans un procès.)

Race et Internet : Lisa Nakamura

 

Lisa Nakamura s’intéresse notamment à la façon dont la « race » (en tant que construction sociale des différences ethniques) se rejoue en ligne.

Ses études montrent notamment que le fantasme d’un Internet où la race serait invisible ne tient pas la route et que les comportements en ligne ne sont pas affranchis des stéréotypes raciaux.

Lisa Nakamura

Lisa Nakamura

Etre cyborg : Donna Haraway

 

Donna Haraway enseigne l’histoire de la conscience à l’université de Santa Cruz.

Dans les années 1990, son texte « Cyborg manifesto » a été essentiel dans la jeune cyberculture. Elle y mêlait marxisme et féminisme pour imaginer une « identité cyborg » promesse de libération radicale pour les femmes – et les autres.

Vie privée : Helen Nissenbaum

 

Helen Nissenbaum, philosophe américaine, réfléchit à la protection de la vie privée dans l’univers numérique.

Elle propose de penser la protection des données en fonction du contexte : on veut plus ou moins de confidentialité selon les contextes (on ne dit pas la même chose à son docteur, son banquier, son chef, son amant).

Moins connue que d’autres femmes de la liste, son influence est importante : ses travaux ont inspiré les régulateurs américains à mieux protéger les données des consommateurs.

Harcèlement en ligne : Danielle Citron

 

Professeure de droit, Danielle Citron a beaucoup écrit sur le harcèlement en ligne (notamment le trolling et le « revenge porn »). Elle propose d’adapter les lois pour considérer ces faits comme des crimes passibles de peines importantes.

Politiques du design : Natasha Dow Schull

 

Natasha Dow Schüll est l’auteur d’un superbe travail sur « la construction de l’addiction par le design »  : un travail d’ethnologie de dix ans sur les casinos et les machines à sous. Elle décortique, des architectes de casinos aux concepteurs des logiciels des machines à sous électroniques, la fabrique de l’addiction. Et montre comment le design des environnements et des programmes influence nos comportements.

 

Réseaux sociaux et identité : Mary L. Gray

 

L’anthropologue Mary L.Gray dirige le « Social Media Collective », un institut de recherche.

Elle étudie les usages des médias numériques et des réseaux sociaux : comment les gens les utilisent pour façonner leur identité sociale et créer des espaces singuliers qui leur conviennent.

Dans son dernier projet de recherche, elle a étudié pendant deux ans des « taskeurs » : des gens payés à la tâche sur des sites Web.

Sans oublier…