Le numérique, une nouvelle arme dans la lutte pour l'égalité

Faut-il continuer de célébrer le 8 mars ? A l’heure de l’info en continu et des outils numériques porteurs de nouveaux modes de mobilisation, l’idée d’enfermer dans ce moment convenu l’engagement pour la cause des femmes peut sembler anachronique… D’autant plus que près de quarante ans après sa reconnaissance par l’ONU, la journée internationale des droits des femmes, a contribué aux nombreuses avancées pour les droits des femmes, mais n’a pas bouleversé les consciences et les usages.

En 2016, l’écart entre femmes et hommes en matière de participation et de perspectives économiques, ou en termes de représentation politique, reste considérable. En France,67% de Françaises ( page 174 du rapport) participent au marché du travail, mais elles gagnent en moyenne près de 7000€ de moins que les hommes chaque année . Ne cherchez pas de femmes à la tête des grandes entreprises cotées au CAC 40, il n’y en a aucune. Isabelle Kocher, un temps pressentie comme future PDG d’Engie, sera finalement nommée Directrice générale en mai prochain… c’est bien, même si on peut se demander pourquoi avoir mis cette femme talentueuse sous tutelle.

Le monde politique n’échappe pas à cette règle. J’ai la chance d’appartenir à un gouvernement parfaitement paritaire, mais l’Assemblée Nationale ne compte en ce 8 mars 2016 que 26,6% de femmes députées… une véritable anomalie démocratique veut que plus de 50% de la population française n’est aujourd’hui représentée que par un quart des députées.

Des progrès encore timides

Je ne veux pas noircir inutilement le tableau. La situation s’améliore, quoique trop lentement. Le rapport du Forum Economique mondial présenté à Davos en 2014 a démontré les progrès de la France en matière d’égalité économique entre les femmes et les hommes. En 2014, notre pays, qui était 45ème dans ce classement, est passé à la 16ème place pour 142 pays.

Il en va de même dans l’économie numérique. Certes, l’écrasante majorité de nos startups reste dirigée par des hommes. Cette réalité, je la constate et la déplore à chaque rendez-vous, chaque salon international, chaque appel à projets réunissant des entrepreneurs de la Tech. Pour autant, le nombre de femmes entrepreneures, s’il est encore trop faible, n’a cessé d’augmenter en France ces dernières années. La dernière étude Compass sur les écosystèmes publiée en août 2015 démontre que 21% des startups françaises ont été créées par des femmes contre 17% en moyenne en Europe. Il n’y en avait que 10% en 2012.

Dans nos écosystèmes de la French Tech, je rencontre beaucoup de femmes qui ont fondé de vraies pépites et contribuent à donner à la France cette belle image de « Nation d’entrepreneurEs ». Je pense à Pénélope Liot, fondatrice de Lima  Julie de Pimodanfondatrice de Fluicity , Marie Vorgan Le Barzic, directrice générale de l’accélérateur de start-up Numa , ou encore Marie Ekeland fondatrice du fond d’investissement Daphni.

Le numérique, une opportunité pour plus d’égalité

Alors comment accélérer, comment changer d’échelle, pour que ces beaux exemples ne restent pas l’arbre qui cache la forêt ? Le rapport d’information  « femmes et numériques » réalisé la Délégation aux droits des femmes de l’Assemblée nationale dans le cadre de l’examen du projet de loi pour une République numérique a formulé 18 recommandations afin de renforcer l’égalité femmes-hommes dans le numérique. Outre la lutte contre les discriminations subies en ligne par les femmes, qui s’est notamment traduite dans la loi par la pénalisation de la revanche pornographique (le « revenge porn »), le rapport met l’accent sur la nécessité d’améliorer le pouvoir d’agir des jeunes femmes dans l’économie numérique. Cette ambition passe par le développement de politiques de formation adaptées mais aussi par la lutte contre les stéréotypes de genre, qui font que de nombreux acteurs – entrepreneurs, investisseurs, etc. – mais aussi de trop nombreuses femmes considèrent encore le numérique comme un univers strictement masculin.

Il faut ainsi sortir de cette idée reçue que coder est une activité réservé aux hommes. Une de mes fiertés est d’avoir fixé, avec mes collègues Myriam El Khomri, Najat Vallaud-Belkacem et Patrick Kanner, un objectif minimum de 30% de femmes formées au code à l’occasion du lancement des formations de la Grande école du numérique . Les 171 premières formations courtes et qualifiantes aux métiers du numériques, labellisées en ce début d’année, permettront bientôt à de nombreuses jeunes femmes de bénéficier d’un bagage reconnu pour accéder plus facilement aux métiers du numérique.

Au-delà, il y au sein même de la French Tech une prise de conscience croissante de l’importance d’un engagement commun pour atteindre cet objectif d’égalité. Je pense aux initiatives essentielles qui se sont mises en place afin d’aider les femmes à se développer au sein du numérique et de l’entrepreneuriat. Des réseaux tel que Duchess France , Girls in Tech ou encore Les Pionnières  permettent à ces femmes de se connecter, de rendre visible leur travail, de partager leurs expériences et savoir-faire.

Je suis convaincue que le numérique peut-être un formidable outil pour dessiner un modèle de société plus paritaire car le numérique a le pouvoir de remettre en cause tous les schémas existants. Les possibilités accrues de formation ou de travail à distance, l’esprit collaboratif, moins vertical, venu de l’univers des startups sont autant d’armes pour faire progresser l’égalité…des armes dont les femmes, mais aussi les hommes, doivent désormais se saisir.

Si la journée internationale des droits des femmes a une seule utilité, c’est d’être l’occasion d’un état des lieux sans concession de l’égalité femmes-hommes, dans le numérique comme dans toutes les sphères de notre société. Chaque 8 mars, faisons le bilan des avancées, des blocages, des chantiers en cours et à venir pour faire progresser l’égalité. Nous avons 364 autres jours pour continuer à avancer.